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Stratégie narrative : Quel point de vue choisir ?


« Quel est le meilleur point de vue pour raconter un roman ?» Il n’y a pas de recette unique, mais un choix stratégique. Stephen King, par exemple, l’illustre en variant la focalisation selon le roman ou la nouvelle, preuve que le point de vue est un outil puissant—mais flexible.


Introduction

Parmi les innombrables décisions qu’un auteur doit prendre, le choix du point de vue est l’une des plus délicates. Stephen King, maître incontesté de la narration populaire, illustre parfaitement la variété des options : Le Dôme et Holly (tous deux en focalisation multiple à la troisième personne) s’opposent à 22/11/63, qui adopte un unique « je » focalisé. Comment ces exemples éclairent-ils les principes théoriques ?

Pourquoi le point de vue compte autant

Le point de vue est déterminant pour construire la proximité ou la distance avec le lecteur.

«  Le point de vue est le prisme à travers lequel votre lecteur découvre le monde que vous créez. Choisissez-le judicieusement, car il peut remodeler chaque émotion, chaque événement. « 

En d’autres termes, le narrateur ne se limite pas à commenter l’action : il dicte la manière dont on la perçoit et dont on l’interprète. Que l’on écrive à la première personne ou via un narrateur omniscient, le ressenti du lecteur change radicalement.

Les différents points de vue

1. La première personne

La première personne offre une immersion directe dans l’esprit du protagoniste, mais limite la vision globale des événements. Cette focalisation crée un lien émotionnel puissant.

«  L’écriture à la première personne invite à une intimité immédiate avec le lecteur, mais attention au piège de ne donner qu’une seule dimension du monde. « 

Exemple : 22/11/63 de Stephen King adopte un « je » focalisé, suivant exclusivement Jake Epping, ce professeur d’anglais projeté dans le passé pour empêcher l’assassinat de Kennedy. On vit alors chaque découverte, chaque émotion, au rythme des pensées et du regard de Jake. La tension naît de l’impossibilité de savoir ce qui se trame hors champ, et l’on s’identifie quasi instantanément à ses dilemmes moraux.


22/11/63 : un “je” qui épouse le voyage dans le temps via la première personne :

  1. Dimension intime : nous pénétrons la conscience de Jake Epping, ressentant ses craintes, ses espoirs.
  2. Effet de surprise : on ne sait pas ce que trament les autres protagonistes hors de sa vue, maximisant la tension.
  3. Proximité émotionnelle : la moindre découverte temporelle impacte immédiatement le lecteur, comme si c’était sa propre expérience.

2. La troisième personne limitée

On reste proche d’un seul protagoniste principal, tout en écrivant à la troisième personne. Cette technique évite certaines lourdeurs du “je”, et permet des envolées stylistiques plus souples.

La troisième personne limitée vous offre la liberté de la voix, tout en préservant le point de vue intime du protagoniste.

De nombreux romans, dont certains de King, alternent des “troisièmes personnes limitées” sur plusieurs personnages pour étoffer la fresque.

Focalisation multiple : l’exemple du Dôme et de Holly

Stephen King use régulièrement d’un point de vue multiple à la troisième personne. Dans Le Dôme (Under the Dome en VO), il nous fait entrer dans la tête de nombreux habitants de Chester’s Mill. L’étrange champ de force isolant la ville offre une dynamique de survie collective, et King exploite la multiplicité de protagonistes pour exposer tensions, alliances et trahisons.

  • Avantage : le lecteur voit différents angles, vit simultanément des mini-complots, ressent la paranoïa sous plusieurs formes.

  • Inconvénient potentiel : chaque bascule de POV (point of view) doit être justifiée, sinon le lecteur se perd dans la dispersion.

Dans Holly, King recourt encore à une troisième personne multiple pour donner la voix à plusieurs personnages (dont Holly Gibney). Résultat : un kaléidoscope de perspectives, idéal pour un thriller où l’on veut comprendre chaque rouage psychologique, du héros à l’adversaire.

3. La troisième personne omnisciente

Lorsqu’un auteur choisit de tout voir et de tout savoir, il risque de perdre l’effet de surprise ou d’étouffer le lecteur sous la multitude d’informations. C’est un choix légitime si l’histoire réclame une vision panoramique (par exemple, un roman historique ou un récit épique).

«  L’omniscience est une arme à double tranchant : elle dévoile un univers entier, mais peut diluer votre noyau émotionnel si elle est utilisée sans discernement. « 

Conseils pratiques pour choisir son Point De Vue (PDV)

Trois questions clés s’imposent lors du choix du point de vue :

  1. Quel niveau d’intimité émotionnelle voulez-vous offrir ?
    • Un récit intime (psychologie approfondie, parcours introspectif) peut préférer la première personne ou la troisième personne limitée.
  2. Avez-vous besoin de dévoiler plusieurs intrigues ou multiples personnages ?
    • Dans ce cas, la focalisation multiple ou la troisième personne omnisciente se justifie.
  3. Quel est l’impact recherché en termes de suspense et de tension dramatique ?
    • La première personne limite les informations, favorisant la surprise ; la troisième personne multiple offre une vue plus large et un effet “fresque”.

Conclusion : clarifier l’identité narrative

Le point de vue n’est pas une simple formalité grammaticale : il conditionne l’expérience de lecture, l’ampleur de l’intrigue et la profondeur émotionnelle. Les exemples de Stephen King démontrent à quel point un auteur peut alterner et exploiter différents points de vue pour servir son propos.En fin de compte, maîtriser le point de vue revient à clarifier l’identité même du récit. 

«  Une fois que vous avez choisi votre point de vue, vous décidez de ce que votre lecteur voit, entend et ressent. C’est le pouvoir et la responsabilité de l’écrivain. « 

Si vous désirez maîtriser la stratégie narrative et maîtriser la gestion du point de vue, nous vous recommandons la formation suivante :

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