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Présenter son manuscrit – Jeanne Guyon, Rivages/Noir


Depuis l’essor des masters spécialisés et la multiplication des méthodes “clés en main” pour écrire un best-seller, l’édition semble parfois réduire la créativité à des recettes formatées. Pourtant, comme le rappelle Jeanne Guyon, éditrice emblématique de Rivages/Noir, “le processus d’écriture est tellement intime” qu’il ne peut se limiter à un catalogue de formules. Dans cette interview, elle bouscule les idées reçues et livre son expérience : pourquoi et comment un éditeur choisit un texte, ce qui le séduit… et ce qui le fait fuir.

Dans le champ vaste de la littérature policière et, plus largement, de la littérature de genre, l’acte de proposer un manuscrit à un éditeur engage un subtil équilibre entre stratégie et authenticité. Jeanne Guyon, éditrice chez Rivages/Noir, qui nous livre un éclairage précieux sur la réception des manuscrits et le rôle clé du travail éditorial.

1. Contexte éditorial : Rivages/Noir, une référence du polar

Rivages/Noir, fondée en 1986 par François Guérif, s’est imposée comme l’un des catalogues incontournables de la littérature policière contemporaine. Jeanne Guyon, qui a rejoint la maison en 1992, poursuit cette tradition d’exigence et de passion pour le polar, aux côtés d’auteurs tels que Dennis Lehane, James Ellroy, Alan Parks, Hugues Pagan ou encore Hervé Le Corre.

Au fil des décennies, la collection a développé une identité forte : un souci de l’écriture, une recherche de voix singulières et une ouverture à la diversité des intrigues, du polar social au roman noir psychologique.

2. Les coulisses de la réception : combien de manuscrits ?

« Disons qu’annuellement, nous recevons autour de 800 ou 1000 manuscrits. » 

De nombreuses personnes rêvent de publier leur polar chez Rivages/Noir. Pourtant, le nombre important de propositions rend la sélection particulièrement rigoureuse. Jeanne Guyon insiste sur l’idée qu’il ne suffit pas de “cocher des cases” pour séduire un éditeur.

3. Les manuscrits retenus et les critères de singularité

« Je n’aime pas a priori des gens qui vont raconter une histoire avec des serial killers dans l’Arizona parce que ça ressemble à une série télé… Il n’y a pas de voix, pas d’écriture. » 

Le facteur déterminant pour qu’un texte soit remarqué reste la voix de l’auteur : une écriture personnelle, un style qui se démarque. La simple imitation d’un modèle (celui des séries télé, par exemple) ne suffit pas.

Un exemple marquant :

Jeanne Guyon raconte avoir récemment publié un roman atypique de Carole Geneix, envoyé par courrier postal, avec une simple lettre d’accompagnement. Si l’intrigue à la Belle Époque pouvait sembler éloignée du polar noir classique, la sincérité et l’humour de l’autrice dans sa lettre, puis la qualité d’écriture, ont convaincu Jeanne Guyon de lire et finalement de publier le manuscrit.

4. Les manuscrits refusés : problèmes récurrents

« Éviter des manuscrits dans lesquels il n’y a pas de voix, pas d’écriture. Parfois ils sont d’une maladresse technique confondante. »

Entre maladresse technique et absence de style, nombre de textes ne passent pas la première sélection. L’éditeur recherche, avant tout, une cohérence narrative et une tonalité qui donne une vraie personnalité au projet.

5. Le retravail éditorial : la structure comme enjeu

« C’est aussi à ça que sert un éditeur avec qui, j’allais dire, l’auteur mène un chemin en conscience. » 

Contrairement à une idée reçue, l’éditeur peut intervenir de manière significative sur la structure du texte, y compris chez des auteurs chevronnés. Jeanne Guyon cite des exemples de collaborations où la fin du roman a été repensée pour gagner en puissance dramatique (La dette du diable de Jean-Jacques Molino, Les derniers jours d’un homme de Pascal Dessaint).

6. Conseils pratiques pour l’envoi du manuscrit

« Trouver un juste milieu, une présentation agréable… Soyez simples, très informatifs. » 

Selon Jeanne Guyon :

  • Une lettre de présentation concise : Inutile de faire plusieurs pages ou d’enchaîner des arguments marketing.
  • Un manuscrit lisible : Mise en page correcte (ni trop dense ni trop espacée), pagination claire.
  • Patience : Les éditeurs reçoivent beaucoup de textes et participent à de multiples foires et salons. S’impatienter au bout d’une semaine n’est pas opportun.

Cette posture ne vaut pas seulement pour le polar. Dans l’histoire de la science-fiction, comme le souligne souvent la recherche académique, la pertinence éditoriale se joue à la fois dans la singularité thématique et dans la qualité formelle d’un texte.

7. Éditeur et auteur : un chemin commun

« On espère qu’on va faire un bout de chemin ensemble et qu’on va construire non pas un livre, mais une œuvre dans son ensemble. » 

Pour Jeanne Guyon, l’éditeur est à la fois un soutien, un révélateur et un partenaire. Les manuscrits qu’elle accepte sont choisis dans une perspective à long terme, avec l’idée de bâtir une relation de confiance où les textes futurs ont déjà leur place dans une trajectoire globale.
Conclusion

De son parcours atypique à sa pratique éditoriale, Jeanne Guyon offre un regard nuancé sur la réception des manuscrits. Au cœur de son discours transparaît une exigence : celle de la voix de l’auteur, et une confiance dans la force d’un récit qui se distingue des produits standardisés.

L’originalité et la sincérité d’une œuvre restent les pierres angulaires de toute littérature de genre. Dans tous les cas, si vous aspirez à voir votre texte publié, misez sur ce qui vous rend unique, tout en soignant la clarté et la lisibilité de votre propos.

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